Monday, February 20, 2012

Nietzsche - Ecce Homo (3)

(à propos du "Crépuscule des Idoles")

Cet ouvrage qui n'a pas cent cinquante pages, serein et fatal à la fois, pareil à un démon qui rit, est l'oeuvre de si peu de jours que je n'ose pas en dire le nombre. C'est une exception parmi les livres : il n'y en a pas de plus substantiel, de plus indépendant, de plus révolutionnaire, de plus méchant ; si l'on veut se faire une idée rapide du degré du "sens dessus dessous" où tout se trouvait avant moi, qu'on commence par lire cet écrit. Ce que mon titre appelle "idoles", c'est tout simplement ce qu'on avait appelé jusqu'ici "vérité". Le Crépuscule des Idoles cela veut dire en bon allemand : la liquidation des vieilles vérités... (129)


Il faut surtout que j'attaque la nation allemande de plus en plus paresseuse et pauvre d'instinct, de plus en plus honnête dans ses goûts intellectuels, cette nation qui continue à se nourrir de contraires avec un appétit digne d'envie et réussit à engloutir sans aucun trouble digestif la "foi" aussi bien que la science, l'"amour chrétien" en même temps que l'antisémitisme, et la volonté de puissance dans le même plat que l'amour des humbles... (133)


(à propos des chrétiens)

Depuis quatre siècles ils sont responsables de tous les grands crimes contre la civilisation !... Et c'est toujours pour la même raison ; à cause de cette lâcheté foncière en face de la réalité, qui est aussi lâcheté devant la vérité, à cause de ce manque de sincérité qui est devenu chez eux un instinct, à cause de leur "idéalisme"... Luther, ce moine fatal, a restauré l'Eglise, et, ce qui est mille fois pire, il a rétabli le christianisme au moment où il succombait... Le christianisme, cette négation du vouloir-vivre érigée en religion !... (135)


Les allemands sont responsables de cette maladie, de cette déraison suprêmement anticivilisatrice qu'on appelle le nationalisme, névrose dont souffre l'Europe, et qui perpétue la monomanie des petits Etats et de la petite politique. (136)


Les hommes bons ne disent jamais la vérité. Les hommes bons vous enseignent les mauvaises côtes et les sécurités trompeuses ; vous êtes nés et vous avez été abrités dans les mensonges des bons. Tout est perverti et falsifié jusqu'à la moelle par les bons. Le monde n'est heureusement pas bâti en vue des instincts qui permettraient au mouton bonasse d'y trouver son étroit bonheur ; exiger que tout devienne "brave homme", mouton du troupeau, oeil d'azur, bienveillance et "belle âme", autrement dit, comme le voudrait M. Herbert Spencer, altruisme, ce serait ôter à la vie la grandeur de son caractère, ce serait châtrer l'humanité et réduire l'existence à une misérable chinoiserie. (148)


0 Comments:

Post a Comment

<< Home