Sunday, October 22, 2006

Silent Hill

Quelle plaie ! Dans la quête effrénée qu'avant-hier j'ai livré pour trouver un film divertissant, je n'ai rien trouvé de mieux que Silent Hill. Mû par la curiosité, j'ai sans broncher regardé le désastre. Je peux aujourd'hui l'affirmer : j'ai rarement vu un film aussi mauvais. Dans le cas improbable où vous auriez entamé avec passion une quête des défauts des films d'horreur, Christophe Gans a la fierté de vous présenter un condensé des clichés et des aberrations que vous aviez relevé dans les films précédents ; le tout, réuni en un seul film. C'est donc un exploit historique ; tout est réuni pour plonger le spectateur dans un dilemme dévastateur, se demandant à chaque dialogue, à chaque nouvelle situation, si il doit être effrayé ou plié de rire. Ce dilemme déchirant n'a lieu qu'en début de film, car après un certain temps, c'est la deuxième solution que le spectateur, inconsciemment, emprunte. Pour un film avec autant de moyens et de tapage médiatique, c'est, et le terme semble bien faible, un raté tellement monumental que le pénalty manqué par Juninho la semaine dernière pourrait faire figure d'acte héroïque. A la fin du film, j'ai dû avouer ma naïveté. En effet, si, avant de le commencer, j'avais pris la peine de lire le résumé, j'aurais déjà eu quelques indices sur ce que j'allais y trouver.

De plus en plus souvent, la petite Sharon rêve d'une ville abandonnée, Silent Hill. Sa mère, Rose, décidée à comprendre l'étrange mal dont souffre son enfant, décide de l'accompagner sur place. Alors qu'elles pénètrent dans cet univers lugubre, Sharon disparaît. Rose se lance à sa poursuite, mais se rend vite compte que ce lieu étrange ne ressemble à rien de normal. Noyée dans le brouillard, peuplée d'étranges créatures, hantée par des ténèbres vivantes qui dévorent littéralement tout ce qu'elles touchent, cette dimension va peu à peu livrer ses terrifiants secrets...

Commençons par les personnages, incontestablement bien léchés. Inévitablement, nous avons la jolie petite fille, dont la voix est évidemment bêtement puérile et criarde, particulièrement quand, dans un cri de désespoir qui aurait eu sa place dans un dialogue de Bambi, elle appelle sa mère au secours (pas de chance pour elle, sa mère n'est pas là pour le moment, trop occupée qu'elle est à essayer de raisonner des catholiques intégristes faisant brûler enfants, sorcières et autres créatures. Vous pouvez cependant lui laisser un message après le bip, comme le fait si bien son mari, trois ou quatre fois durant le film). Le concept de la jolie petite fille est, vous le savez, très important dans les films d'horreur, histoire de faire comprendre au spectateur que le vilain méchant est si cruel qu'il s'attaque à des êtres sans défense (enfin, un peu de défense quand même, car, à mon humble avis, la gosse n'a qu'à pousser un cri strident, et les créatures les plus immondes s'enfuiront en courant). Comme vous l'aurez compris si vous avez lu le résumé en rouge, plus haut, cette jolie petite fille, souriante et gentille de jour, devient méconnaissable la nuit, sujette qu'elle est à des crises inquiétantes durant laquelle elle ne cesse de faire allusion à un village abandonné, à quelques centaines de kilomètres de là. Admirez la richesse du scénario. C'est d'ailleurs sur cette scène bouleversante que débute le film ; la petite fille convulsée qui, au bord d'un ravin - oui, parce qu'elle est somnambule aussi, je ne l'avais pas précisé mais c'était évident - répète trois fois "Silent Hill" pendant que ses parents tentent de la calmer. Gros plan sur le visage bouleversé de la mère. A ce moment-là, on peut se demander, premièrement, pourquoi cette famille joyeuse habite au bord d'un ravin, mais aussi quel est le mal qui ronge cette pauvre gosse, et pour finir qu'est-ce donc que ce "Silent Hill". La deuxième scène est absolument hilarante. Sans aucun doute soucieux de souligner l'opposition entre la scène du ravin (filmée de nuit) et cette nouvelle situation, notre scénariste génial commence la deuxième scène par une lumière éblouissante ; de cette lumière jallit la mère (répondant au doux prénom de Rose, évidemment), qui, cheveux au vent et regard confiant, pose les yeux sur son enfant. La lumière s'estompe et on découvre notre mère et sa fille au beau milieu d'un champ de blé, sous un grand soleil, la mère souriante et la fille dessinant sur du papier Canson. On croit rêver. C'est tellement laid qu'on croit d'abord à la parodie. Mais non, c'est avec sérieux que le scénariste nous fait passer d'une scène ridicule à une autre encore plus ridicule. Bref, passons. Après tout, si il n'y avait que ça...
En fait, et c'est bien le problème, il n'y a pas que ça. Ni une ni deux, le scénariste nous repasse une scène de nuit. On comprend que Rose et sa fille sont en route pour Silent Hill. Ici, introduction tout en finesse d'une scène cruciale : le dessin peuplé d'arbres et de créatures souriantes, que la jolie petite fille avait gribouillé plus haut, s'est transformé : il représente maintenant une église sombre, de la mort et du sang. Or, la petite fille ne se souvient pas de l'avoir dessiné. Le suspense est à son comble. C'est du grand n'importe quoi, d'autant plus que cette mystérieuse métamorphose ne sera jamais expliquée dans le film, ce qui fait qu'au moment où je vous parle, je suis incapable de vous faire comprendre comment le lion souriant s'est soudainement transformé en cadavre ensanglanté.
On est ensuite confrontés à une succession des clichés les plus ridicules empruntés aux films d'horreur à petits budgets ; c'est tellement gros qu'on ne peut pas y croire. Arrivée dans Silent Hill. Il s'agit de faire planer un certain mystère autour du village ; sans originalité aucune, Christopher Gans décide, sans aucune honte, de faire s'allumer la radio tout seule (ce qui a pour conséquence immédiate un soubresaut désagréable de la part de la petite fille et une moue inquiète sur le visage de la mère), de procéder à un bouleversement météorologique soudain (il se met tout d'un coup à y avoir du brouillard, brouillard mêlé à une fine neige censée augmenter la dimension mystique du site), de faire intervenir une sorte de fantôme au beau milieu de la route, histoire de bien faire comprendre au spectateur que là, Rose et sa fille, ben elles sont vraiment mal barrées. Au cas où vous n'auriez toujours pas compris, la voiture percute un mur (ben voyons... on est plus à ça près ! Dans un tel contexte, ça pourrait presque paraître crédible) et Rose s'évanouit. Je ne sais même pas si c'est utile de dire qu'à son réveil, sa fille a disparu ; c'est évident. En fait il y a certains événements tellement prévisibles que le spectateur se dit "non, c'est trop gros, ça va quand même pas se passer comme ça". Loin de ces réflexions, Christopher Gans n'hésite pas à faire se passer l'histoire comme ça. Aucun scrupule. La petite fille a donc disparu (quel malheur) sans laisser de traces, et Rose est confrontée à l'univers étrange de ce village abandonné, que les autochtones fuient.
Je précise que je n'ai commenté que treize minutes du film. Je vais donc faire plus court car les deux heures qui restent (oui, car Gans a souhaité nous faire rire deux heures, dans sa grande clémence) sont du même acabit. Je vais tout de même décrire les deux aberrations les plus incroyables de ce scénario de génie. La première intervient après dix-neuf minutes de film. Jusqu'ici, dans un univers bercé par des mystères paranormaux et une ambiance presque effrayante, le spectateur bon public - ou habitué aux pires bouses hollywoodiennes - peut trouver une once de crédibilité dans le scénario, il peut s'imaginer la réalité du drame. Pas de problème, Christopher Gans va se charger de le faire revenir sur terre. Celui-ci va introduire dans le film des créatures visqueuses et dégoûlinantes, tellement laides que l'on ne peut objectivement pas se retenir de rire. Je cherche déséspérément des photos de ces créatures à vous montrer, pour que vous compreniez l'ampleur du ridicule interstellaire qui s'abat définitivement sur le film. Ces monstres visqueux sont tellement mal faits que l'on n'en rit pas d'amusement, mais de pitié. Ce n'est pas un fou rire, c'est seulement un ricanement dans lequel se ressent la tristesse de voir qu'aujourd'hui encore, on peut nous proposer des scènes dignes des films d'horreur des années 60.
Et, pout finir, je voudrais que chacun de vous admire le génie du scénario. Car, de découverte en découverte, on va comprendre, successivement, que le village est un ancien village habité par des mineurs, ravagé par un incendie en 1974, qu'il est aujourd'hui peuplé d'un groupe restreint de catholiques intégristes brûlant sans pitié les sorcières et les enfants (et ce à l'intérieur même de l'église), que la chef de file de ce groupe est également directrice d'une école dans laquelle on pendait les non-croyants, que la petite fille dont on suit les péripéties depuis le début est en fait le côté clair du fantôme d'une enfant violée et brûlée vive trente ans avant, le côté obscur continuant de hanter le village pour se venger, et pour finir (histoire de couronner le tout) que le diable lui-même habite dans la ville, plus précisément dans la chambre 151 de l'hôtel (et je vous assure qu'après deux heures de rebondissements plus ridicules les uns que les autres, ça paraîtrait presque normal que le diable habite à l'hôtel du coin). Bref, un grand scénario d'autant plus mauvais qu'il est au centre d'un film qui a eu un nombre assez important d'entrées en salles (on se demande comment...), et qui se basait sur de grands moyens financiers (ils ont vraiment aucune excuse...).
Je finirai sur la grande réplique du film : "Vous croyez brûler des hérétiques, mais c'est vous qui irez en enfer". C'est celui qui le dit qui y est.

5 Comments:

Anonymous Anonymous said...

Enorme ! Quel coup de gueule ! Le passage sur les monstres visqueux est trop bon, j'ai pensé la même chose ! :D

Sinon je serai perso beaucoup moins cruel avec ce film, même si j'admets que c'est vraiment risible par moment, rien que le nom me rappelle un épisode de Lucky Luke, mais je ne m'étais fait aucune illusion en allant le voir, donc la déception fut moindre ! :p

23 October, 2006 10:20  
Blogger Nonosapionce said...

Ce film passait au cine a İstanbul... nous y sommes alles Elsa et moi : on en a pleure. Ce film est la pire dobe que g jamaıs vu et j´espere la pire qu´il me sera donne de me voir...
Tim, c trop fort. On a presque vu cette merde en mm temps. :-)

28 October, 2006 16:54  
Blogger Tim said...

c'est clair, incroyable ! et on en a pensé la même chose, tu m'en vois ravi ! :-)

29 October, 2006 22:02  
Anonymous Anonymous said...

C'est officiel, je fais de toi mon critique de ciné! Inutile de préciser que je n'irai pas voir ce film... Et encore, je me demande si ça ne vaudrait pas le coup! Non, je vais plutôt attendre que quelqu'un le télécharge, ça ne vaut pas la peine de payer une place de ciné je pense... Je me suis marrée toute seule en lisant ton commentaire... Je n'aurais qu'un mot, enfin deux: CHAPEAU L'ARTISTE!!!

31 October, 2006 01:42  
Anonymous Anonymous said...

Je me suis époumoner de lol en lisant cet article. Je pense la même chose de cette crotte. Et Spiderman, tu l'as vu?

04 June, 2007 02:16  

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