Tuesday, July 11, 2006

Cruel

Cruel, le foot peut l'être, parfois. A ceux qui l'avaient oublié, la défaite de la France, et ses circonstances tellement particulières, nous ont durement ramenées à la réalité. L'Equipe de France a perdu, l'Italie a gagné ; jusque là, on ne peut noter que la déception de voir notre équipe, forte d'un superbe parcours tout au long de la compétition, s'incliner à un tel moment. Mais cette déception-là n'est que sportive. J'entends par là que la défaite fait partie du sport, et qu'il faut savoir l'accepter. Le problème vient d'ailleurs, de l'extrasportif ; l'expulsion de Zinédine Zidane a bouleversé le monde. C'est d'ailleurs incroyable de constater que la défaite de la France semblait, au lendemain du match, importer moins que l'expulsion du capitaine français. Ce capitaine qui, d'une panenka magistrale, avait illuminé le début de la partie, avait éclaboussé cette finale de son talent extraordinaire. Ce capitaine qui avait montré l'exemple, conseillé et replacé ses coéquipiers, les avait motivés. Ce capitaine qui, blessé à l'épaule, avait continué à jouer : car un joueur d'une telle classe ne pouvait terminer une carrière aussi fabuleuse par une sortie sur une civière. Et, à la cent-dixième minute d'une finale crispante, le temps sembla s'arrêter. Les caméras étaient formelles, et les images de l'incident, survenu quelques secondes auparavant, passaient en boucle sur l'écran géant du stade de Berlin. Notre Zizou, celui qui avait fait rêver la France pendant des années, avait violemment agressé Marco Materazzi, le défenseur de l'Inter de Milan. Et l'arbitre de lui donner un carton rouge, carton symbolique de la fin de sa carrière et de la sortie de ce si grand joueur, par une si petite porte. Que pouvait penser Zidane, quand il est sorti du terrain ? En jetant un coup d'oeil à la Coupe du Monde, cette Coupe qu'il avait pu embrasser huit ans auparavant, nul doute que sa carrière de footballeur, mais également sa vie entière d'homme a dû défiler devant lui. Comme si une belle histoire se terminait par la mort du héros. Comme si Zizou avait brisé d'un coup la légende que sa carrière, exceptionnelle, lui avait permis de construire. Dès lors, abandonnant ses coéquipiers, il ne reviendra plus sur la pelouse, ne venant ni chercher sa médaille, ni apaiser la détresse de ses coéquipiers, tel Lilian Thuram, en pleurs.
Quarante-huit heures après cette finale, que penser du geste de Zizou ? Certains journalistes ont considéré ce geste comme impardonnable ; je ne partage, en aucun cas, leur avis. Car l'excuse, bien faible, de la pression accumulée autour de ce match, n'est pas isolée. Au lieu de considérer les conséquences de l'acte, on se doit de considérer, au contraire, ses causes. Et ces causes sont, indéniablement, à la décharge du capitaine français. Du fait de la personnalité de la "victime" (notez les guillemets), Marco Materazzi, mais également de son attitude. Il faut, pour commencer, comprendre que Materazzi est considéré comme l'un des joueurs les plus violents du monde ; rugueux sur l'homme, il n'a, dans sa carrière, jamais épargné un adversaire. D'une violence extrême sur le terrain, il a fréquemment blessé des adversaires, par des tacles assassins ou des coups divers, assénés parfois sans sanction. Marco Materazzi s'est ainsi forgé une sombre réputation. Ajoutez à cela ses penchants, assumés et proclamés ouvertement, pour l'extrême-droite néofasciste, et la personnalité du bonhomme (aussi bien dans son style de jeu que dans son esprit) est forcément clarifiée. Cela n'explique en rien l'attitude de Zinédine Zidane, mais, selon moi, savoir qui est Materazzi est indispensable pour juger de l'attitude du capitaine français. Revenons maintenant aux mots que Materazzi a pronocé avant que Zidane lui assène le fameux coup de tête ; revenons à ce qui a pu motiver l'acte de Zizou. Car un tel acte, devant trois milliards de téléspectateurs (soit, tout de même, la moitié du globe !), ne se fait pas par hasard. Je veux dire par là que Zidane ne peut pas, à un tel moment - sans aucun doute l'un des plus importants de sa vie -, agir de la sorte sans raison. L'explication de ce geste se trouve dans une enquête officielle menée par trois journaux anglosaxons, aidés par une spécialiste de la lecture sur lèvres. Comme on le redoutait, Marco Materazzi a insulté Zinédine Zidane, de façon extrêmement violente. Ces insultes ont été proférées en deux temps : Materazzi a d'abord insulté la mère de Zizou, puis a proféré des insultes racistes. Lorsqu'on sait que la mère de Zidane est gravement malade à l'heure qu'il est, et lorsqu'on connaît la gravité que peuvent avoir des insultes à caractère raciste, on n'a plus besoin d'aller chercher l'exlpication du geste plus loin. Certes, l'explusion de Zidane était méritée, mais le monde entier, ces dizaines de millions de gosses qui ont vu le geste de Zizou, doivent savoir. Savoir que pour Zizou, l'honneur est capital et que, même si son geste est regrettable, il est explicable et excusable. Dans mon esprit, ce dernier match ne pourra pas empêcher Zinédine Zidane d'appartenir au panthéon des plus grands joueurs de l'histoire. Zizou, merci de nous avoir fait rêver.

4 Comments:

Anonymous Anonymous said...

Ce qui est intéressant, c'est cette idée tacitement acceptée par beaucoup (et je ne dis pas ça par chauvinisme mal placé), selon laquelle la France aurait gagné. Materazzi est peut-être champion du monde, mais son couronne restera sans doute souillée.
Dans l'absolu on a perdu, avec ou sans capitaine. Mais le bénéfice du doute permet en fin de compte aux Bleus de rester des semi-perdants, comme innocemment sacrifiés sur l'autel du carton rouge.

12 July, 2006 17:09  
Anonymous Anonymous said...

sa couronne* pardon

12 July, 2006 17:10  
Anonymous Anonymous said...

La cruauté de cet article n'est pas sans me rappeler ma place de 31ème au dernier tournoi de poker.

Merci Tim, si c'était le but recherché, c'est réussi ! :(

30 July, 2006 16:04  
Anonymous Anonymous said...

très bel article!!!

02 October, 2006 21:48  

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